Il est temps de relire la célèbre fable de La fontaine, « Le loup et l’agneau ».

Je vous la résume :

Un loup repère un agneau et décide de le manger. Au lieu de le becter directement, il se sent l’obligation de justifier sa violence auprès de sa future victime. S’en suit un dialogue de sourd, l’agneau se défendant d’être en quoi que ce soit à l’origine des problèmes de mâtin. Las, celui-ci a déjà pris se décision et à l’issue d’un duel oral tragique, le loup part gloutonner l’agneau dans un coin. Fin de l’histoire.

Ça date de 1668.  357 ans précisément. Mais ça n’a pas pris une ride.

Donald (le second Donald le plus célèbre du monde) a un problème : il est à la tête d’un Etat qui dépense bien plus qu’il ne gagne. Tous les ans depuis cinquante ans. 

Certes, il n’est pas le seul : les Français, les Italiens, les Japonais ont eux aussi des taux d’endettement qui dépassent les 100% du PIB et se chiffrent en milliards.

Le problème de Donald, c’est qu’avant, les USA s’en foutaient : ils avaient le dollar, et tout le monde entier commerçait en dollar. Comme ils disaient : « C’est notre monnaie, mais c’est votre problème ». » ( John Connally, secrétaire au Trésor sous la présidence Nixon – donc il y a cinquante ans).

Ils ont même fait la guerre à des Etats quand ils voulaient arrêter de se faire payer en dollar (par exemple la 1ère guerre du Golfe contre Saddam Hussein en Irak en 1999).

Mais ça, c’était avant. Aujourd’hui, Donald sent que le vent tourne : les BRICS qui représentent presque 50% de la population mondiale ne veulent plus utiliser le dollar pour tout, et ils ne veulent plus non plus acheter jusqu’à plus faim la dette américaine.

Donald sait bien que les Etats ne peuvent pas vivre indéfiniment au-dessus de leurs moyens, fussent-il le plus puissant du monde. Si les USA étaient l’Argentine ou le Liban, ils auraient fait défaut (de paiement) depuis longtemps.

Donald a donc décidé de réduire la dette fédérale américaine. Pour cela il a deux leviers (comme tout bon père de famille d’ailleurs) : réduire les dépenses et augmenter les recettes.

Réduire les dépenses, le problème c’est que ça fait mal. Alors, oui, en supprimant USAID il a réduit un peu les dépenses, mais si peu. (Il s’est surtout fait plaisir, certains fonctionnaires américains d’USAID ayant oublié que leur bailleur c’étaient tous les Américains et pas seulement des Démocrates. Il eut fallu être plus prudent dans les critiques envers un candidat à la grande élection. Ils ont quatre ans pour y réfléchir désormais.)

Réduire les dépenses, ça fait mal et c’est impopulaire auprès d’un électorat.

En revanche, augmenter les recettes, ça, ça passe crème, surtout si ce ne sont pas les Américains qui paient.

Et voilà notre Donald – loup de la Fontaine : il a décidé de faire payer les autres qui n’y sont pour rien dans ses problèmes de gestion interne. Mais il s’en fout, comme le loup. Les échanges avec les autres chefs d’Etat, c’est du cinéma, de la mise en scène pour son propre électorat américain. Le scénario est écrit d’avance : vous allez payer.

Le plus incroyable, c’est l’humiliation publique de Madame Von der Leyen : elle ne semble même pas voir qu’elle est l’agneau de la fable et paraît presque souffrir d’un « Syndrome de Stockholm » : elle ne s’est pas fait manger, seulement tondre, alors elle est contente. Limite elle dirait « merci ».

Et c’est ainsi que Donald Trump, clouant au passage le dernier clou sur le cercueil de l’OMC, a réussi à réduire sa dette en accusant les méchants pays tiers de l’avoir ruiné.

Moi je dis, chapeau l’artiste !