La séance est devenue culte : une députée EELV – Madame Rousseau, pour ne pas la citer – déclare (et confirme dans une seconde interview postérieure) sur le plateau de télévision « Je n’en ai rien à péter (sic) de la rentabilité des agriculteurs ».

Elle est très officiellement professeur d’économie.

Elle ne peut donc pas ignorer qu’une exploitation agricole, comme n’importe quelle entreprise, doit être rentable sous peine de disparaître.

Cette masterclass d’économie française version 2025 n’est malheureusement pas isolée.

Voici quelques situations récentes où d’autres économistes français ont pris position sur des sujets économiques, mais où leurs interventions semblaient davantage motivées par des considérations politiques que par une analyse économique neutre :

1 – Législatives 2024 – Analyse des programmes économiques des différents partis politiques

Lors des législatives de 2024, plusieurs économistes ont commenté les programmes des partis en lice. Michaël Zemmour a ainsi qualifié les orientations du RN de « néo-libérales avec une dimension xénophobe », ce qui relève davantage d’un jugement politique que d’une analyse économique pure.

2 – Réactions aux nouveaux gouvernements en Argentine et en Italie

Par ailleurs 300 économistes (excusez du peu !) publient une tribune dans Nouvel Obs quelques jours avant le suffrage indiquant que le programme du NFP est le meilleur selon eux. Ce n’est pas une petite caution économique, c’est du lourd.

(Notons au passage ce morceaux d’anthologie : « Aux Etats-Unis ou en Espagne, le choix est fait de dégager des recettes pour préparer l’avenir, quand l’Italie ou l’Argentine ont pris la voie autoritaire d’un déclassement économique et social. ». 

C’était en juin 2024, les deux pays cités en modèles ont des gouvernements de gauche, les deux pays cités en contre-exemple des gouvernements libéraux de droite.

Un an après, quand on regarde la situation économique de l’Italie et de l’Argentine, on mesure toute la pertinence de cette analyse ; une sacré préscience !)

Pour mémoire et pour checker si vos profs font partie de ces 300 économistes, c’est ici : https://www.nouvelobs.com/politique/20240625.OBS90197/les-orientations-economiques-du-nouveau-front-populaire-repondent-aux-defis-de-notre-epoque.html

3 – Taxe Zucman & ISF

Actuellement (septembre 2025) le débat fait rage autour de la « Taxe Zucman », du nom de son inventeur – que l’on retrouve d’ailleurs dans les signataires du Nouvel Obs cité ci-dessus.

Dans le sillage de la taxe Zucman revient également d’idée de l’ISF.

Ce sont des projets politiques, il est donc légitime que des partis politiques s’en emparent.

En revanche ce sont des aberrations économiques. Sur le papier, c’est très beau, mais tous ceux qui sont « dans la vraie vie » économique savent que ce sont des hérésies.

Ainsi, par exemple, les services de Bercy ont calculé depuis fort longtemps que l’installation de l’ISF avait coûté plus cher à la France qu’elle n’avait rapporté : entre les impôts prélevés (en plus) et la fuite d’activité ou de personnes que ça a généré (en moins), le solde est négatif.

D’un point de vue strictement économique, c’est donc contre-productif.

Pour la taxe Zucman, il est évident que c’est une aberration économique.  Taxer une richesse estimée fondée sur la valorisation d’un outil de travail, c’est déjà très bancale.

S’imaginer que les personnes visées ne vont pas réagir en anticipant et en construisant des schémas financiers et fiscaux protecteurs (il existe de très bons cabinets de conseil et d’optimisation dont c’est le métier – ils conseillent d’ailleurs aussi les gouvernements.), c’est encore plus guignolesque.

D’ailleurs Monsieur Piketty en est rendu à préciser les sanctions qui devront être prises contre les récalcitrants (« exit taxe », privation de droits civiques et autres inventions).

Précisons que de nombreux économistes ont débunké les erreurs ou incohérences des courbes sur lesquelles Monsieur Zucman appuie ses démonstrations. Par exemple qu’une personne au RSA aura un taux d’imposition infini dans le modèle soutenu par l’économiste.

Ces exemples illustrent comment, dans un contexte de crise politique et de débats budgétaires tendus, les économistes français peuvent parfois endosser un rôle d’acteur politique plutôt que de rester dans une posture d’expertise neutre.

Cela soulève deux questions fondamentales :

1.           la qualité de la formation économique dispensée par ces économistes,

2.           et leur légitimité à parler d’économie sans expérience concrète de gestion ou de terrain, contrairement à un chef d’entreprise.

Les économistes français, surtout ceux qui interviennent dans le débat public, sont très souvent issus de lieux de formations considérés comme excellents (Ecole d’économie de Paris, Toulouse School of Economics, Sciences Po, ENS, etc.) et ont généralement un niveau théorique très élevé.

Leurs analyses reposent sur des modèles économiques, des données statistiques et une littérature académique solide ; ils maîtrisent les outils d’analyse et les débats théoriques. Par ailleurs, comme professeurs, ils savent exposer, parler et présenter leurs points de vue de façon didactique, pédagogique, intelligente, et donc intelligible. Gros atout.

Le contre-exemple des économistes « soviétiques »

En revanche, ils rappellent de plus en plus feux les économistes des économies dirigées communistes des années 60 et 70 : en théorie, ça fonctionne.

En pratique, tous ces modèles marxistes ou assimilés ont failli. Des pays communistes tels la Chine Populaire ou le Vietnam (populaire et démocratique, bien entendu) ne doivent leur survie qu’à l’adaptation d’un grand libéralisme économique.

Mais à l’époque, il était strictement interdit de critiquer ces théoriciens qui étaient dans le sens de l’histoire. Tout bémol était assimilable à l’obscurantisme, à un frein aux lendemains radieux promis à l’humanité.

L’antithèse de l’économiste d’estrade : l’entrepreneur

Leur antithèse c’est l’entrepreneur. Il a rarement fait des études supérieurs d’économie, mais il la fait fonctionner au quotidien. Il sait parce qu’il le voit, ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Il a souvent du mal a expliquer sa pensée théorique mais en pratique, ça fonctionne.

Ce grand écart entre des théoriciens de l’économie et des acteurs économiques réels pose question. Que vaut une leçon d’économie qui n’est que théorique et ne fonctionne pas en pratique ?

A quoi sert d’étudier auprès d’un enseignant quelque chose qui ne fonctionne pas en pratique ?

A quoi sert un savoir économique qui ne prend pas en les contraintes réelles des

Ces formations dispensent une vision très académique, voire dogmatique, de l’économie, mais sont inutiles dans les situations concrètes.

Ces économistes tirent leur légitimité de la durée de leurs études et la qualité des pairs qui les ont encadrés. Mais il est manifeste qu’ils manquent totalement d’expérience pratique, contrairement aux chefs d’entreprise ou un élu local qui ont, eux, une connaissance concrète des contraintes de terrain (gestion des coûts, relations sociales, risques opérationnels, etc.).

Ils vivent dans un monde fait de modèles économiques qui supposent des comportements rationnels, des marchés parfaits, ou des politiques publiques appliquées sans friction – ce qui n’est jamais le cas dans la réalité.

Enfin, ils souffrent manifestement d’un entre-soi handicapant : hyper-médiatisés ils ont perdu le contact avec les réalités économiques vécues par les citoyens ou les entreprises.

Ainsi, par exemple, Julia Cagé, présentée et reconnue par ses pairs comme une des meilleurs économistes européennes – excusez du peu – est la compagne de Monsieur Piketty, autre économiste star.

Et devinez de qui Monsieur Zucman fut-il l’élève ? De Monsieur Piketty.

Faut-il s’alarmer ? Oui

Cette situation doit nous alarmer car le risque est réel de voir des décisions économiques prises sur la base de modèles théoriques ou idéologiques, sans prise en compte suffisante des réalités de terrain.

Et également nous devons nous alarmer de la crédibilité à long terme de la discipline économique et son enseignement, qui pâtissent insensiblement de ces théories qui se révèlent le plus souvent fausses ou déconnectées.

Comme il est dit parfois en riant : « Demain, j’irai vivre en Théorie. Parce qu’en théorie, tout va bien. »

Il serait temps que les grandes universités réfléchissent à la légitimité réelle de leurs enseignants, et pensent à s’appuyer moins sur des théoriciens et plus sur les chefs d’entreprises et les élus locaux pour dispenser un savoir économique pertinent aux étudiants.

De même, un gouvernement (ou un parti politique qui envisage sérieusement de gouverner) serait aviser de préparer son programme avec des personnes de terrains plutôt que des théoriciens : ce ne sont pas eux qui seront comptables du succès ou de l’échec des mesures économiques mises en place.