Depuis le 7 octobre dernier, Palestiniens et Israéliens se battent massivement. En France, les uns prennent partie pour Israël, les autres pour les Palestiniens.

Essayons d’y voir clair (pour autant que ce soit possible).

CONFLIT TERRITORIAL : WHAT ELSE ?

Notons tout d’abord qu’il n’est peut-être pas nécessaire de prendre parti. Nous avons là deux pays – que nous appellerons « Belligérant A » et « Belligérant B » qui revendiquent le même territoire et se battent les armes à la main pour gagner. Jusque-là, rien de nouveau dans l’histoire de l’humanité.

Ce conflit touche peu la France et les Français. Se sentent directement concernés le quai d’Orsay (car il y a quelques franco-belligérants « A » et franco-belligérant « B » sur place), et ceux qui se sentent directement liés à « A » ou à « B ».

Je peux avoir une opinion personnelle sur ce conflit, mais cela ne changera pas son issue. Donc il peut être prudent de ne pas avoir d’avis et d’attendre – en le déplorant – la fin du conflit. C’est ce qui se passe en Libye entre un « A » et un « B » (le Général Haftar en Cyrénaïque et le gouvernement légal à Tripoli), au Soudan (un général « A » des Forces spéciales contre un général « B » des Forces armées nationales), en Ukraine, au Nagorny-Karabagh entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, ou encore au Yémen. En ai-je oublié ?

Ici, « A » c’est l’Etat d’Israël, peuplé d’Israéliens qui sont à 75% israélites et à 25% arabes (musulmans ou chrétiens).

Et « B », ce sont les Palestiniens de la Bande de Gaza, tout le monde les a identifiés.

CONFLIT ANCIEN : nombreux affrontements en 70 ans

C’est un conflit ancien. Comme une vieux volcan, les reprises sont parfois violentes et inattendues mais on sait qu’il existe.

« A » et « B » se sont battus pour cette terre en 1948 (victoire de « A »).

Puis en 1967 (re-victoire de « A »).

Puis en 1973 (victoire de « A »).

De 1987 à 1993 puis de 2000 à 2005, le conflit est larvé, ressemblant plutôt à de la guérilla urbaine. Pas vraiment de victoire pour « A » ou « B ».

En 2012 et 2014, on peut parler de « guerre » à nouveau, l’autorité B ayant agi en tant que telle dans le conflit contre « A ». « A » et « B » revendiquent la victoire mais en fait il n’y en a pas vraiment, ni pour « A » ni pour « B », le conflit s’apaise mais couve sous la cendre de la haine (l’image du volcan est très adaptée).

PUISSANCE MILITAIRE : CHACUN SES ARMES

On peut noter une vraie différence de comportement militaire. « A » est une puissance militaire classique du XXIe siècle, avec une armée moderne, du matériel technologique très avancé, et soucieuse d’économiser les vies de ses soldats.

A l’inverse, « B » est une armée de type « Guérilla urbaine – Résistance » : les moyens sont nettement plus faibles, plus archaïques (globalement) mais « B » compense par une relève en effectif quasi illimitée et un souci nettement moindre du nombre de combattants perdus. « B » s’active au sein même du cadre de vie de sa population civile (écoles, hôpitaux, rues ,etc.)

« B » n’a pas les moyens de gagner militairement sur « A » en l’état actuel des choses. Il use donc de la tactique du « faible » au « fort » : il attaque le premier, dans une violente attaque surprise qui sidère. Passé le premier effet de sidération, « A » déclenche les grands moyens militaires au détriment de « B » qui s’y attend et l’accepte (cela fait partie de sa stratégie).

Notons que les belligérants ont des objectifs très différents.

  • « A » souhaite vivre sur les terres qu’il possède depuis 1948 (soit 75 ans) sans être attaqué par « B ».
  • « B » souhaite éradiquer « A » totalement de ces terres à tout prix.

L’un et l’autre se considèrent dans leur bon droit quand ils revendiquent ces terres. Disons en simplifiant que « A » dit que ces terres sont les siennes depuis 3500 ans, même s’il n’y est massivement présent que depuis moins de cent ans. « B » indique que c’est son territoire depuis des centaines d’années  et que « A » n’y vivait plus depuis fort longtemps, hormis quelques individus isolés.

Les deux belligérants usent de moyens de communication modernes pour sensibiliser les populations à leur cause.

GUERRE DE LA COMMUNICATION

C’est peut-être un des aspects nouveaux du conflit : chacun essaie de convaincre l’opinion international de son bon droit par une débauche de communication. En quelques jours, ce déluge de films de réseaux sociaux a d’ailleurs produit un effet : il est devenu impossible de croire « a priori » ce qui circule sur les réseaux de communication contemporains (aussi bien les médias classiques, de type « BBC » ou « NEW YORK TIMES ») que les réseaux sociaux « X-TWITTER », « INSTAGRAM », etc.

Quoique vous lisiez, entendiez ou visionniez, vous trouverez quelqu’un qui en conteste l’origine et l’information initiale risque d’être remise en cause, partiellement ou totalement.

CONFLIT RELIGIEUX

Ce conflit entre deux belligérants se double d’une adversité bien plus ancienne : l’opposition entre l’ISLAM et les deux autres « religions du Livre » (expression pour dire « Bible »), à savoir les juifs et les chrétiens.

Selon les interprétations, qui varient, l’Islam envisage ces deux autres religions soient comme ayant le droit d’exister mais avec un statut inférieur au monde musulman (l’Oumma), c’est la « Dimmhitude » soit comme devant être combattu et éradiquées (par la mort ou la conversion) : c’est le « Djihad ».

Il est donc particulièrement douloureux, pour les belligérants « B », de confession musulmane et tous les musulmans du monde avec eux (l’Oumma, l’assemblée des croyants) d’imaginer qu’une des deux religions du Livre (ici, le judaïsme) l’emporte (c’est le belligérant « A »).

Et cela incite tous les musulmans (l’Oumma) a soutenir la lutte du belligérant « B » même s’ils en sont éloignés géographiquement, politiquement, socialement, économiquement, culturellement, etc.

A l’inverse, le Belligérant « A » ne distingue pas – volontairement – l’histoire de ses habitants dans ce territoire palestinien de l’histoire douloureuse du peuple juif pendant la Seconde Guerre Mondiale. Difficile en ce début du XXIe siècle de critiquer la politique de l’Etat d’Israël sans être taxé rapidement d’antisémitisme. La frontière est ténue mais elle existe. Le petit jeu consistant à défendre Israël en taxant un peu rapidement les critiques d’antisémitisme, et à l’inverse à faire de l’antisémitisme tout en s’en défendant et prétextant se limiter à une critique d’Israël et de ses politiques.

QUEL AVENIR POUR CE CONFLIT ?

Le Belligérant « B » savait, en attaquant le premier, par surprise, qu’il allait susciter une réaction hyper-violente. Il l’a, et c’est sa propre population qui la subit. « B » fait avec et escompte glaner de nombreux combattants à venir pour les prochaines années. Tous ces enfants qui ont perdu leurs parents -et d’ailleurs qui ont tout perdu, y compris leur enfance – sont autant de volontaires pour combattre « A » au cours des vingt-cinq prochaines années.

De ce point de vue-là, « B » a gagné.

Dans la vision de « B », tuer 1300 civils « A » et quelques militaires « A » est une victoire. Il a réussi, avec des moyens archaïques, à faire vaciller « A » : là aussi, « B » a gagné.

Le pays du belligérant « B » a reculé en matière de développement, d’infrastructures, d’économie : tout est à reconstruire. Mais il semble que ce ne soit pas du tout sa priorité. En 75 ans, Taiwan, Hong Kong, le Qatar ou les Emirats Arabes Unis ont connus un formidable développement économique, culturel, intellectuel, médical, etc. Pendant la même période, « B » a stagné et la guerre actuelle va aggraver ce retard. Mais c’est un non sujet, aussi étonnant que cela puisse paraître à des occidentaux.

« A » a repris les territoires perdus pendant 24 / 48h sans difficultés. Ils n’ont « que » 1300 morts, ce qui est bien moindre que pour « B » dont les chiffres sont plus compliqués à vérifier. Mais comme nous le disions plus haut, pour « A », un mort est une grande perte car il a beaucoup de prix (tandis que « B » considère cela comme faisant partie de l’équation). C’est donc une victoire pour « A » mais elle n’est pas perçue comme telle.

« A » réduit progressivement le territoire de « B » pour en prendre le contrôle et éliminer ce qui peut le menacer. Ça va être long et compliqué à réaliser, et encore plus long et encore plus compliqué à maintenir dans la durée. Mais c’est le prix que « A » est près à mettre pour ne plus subir d’attaques de « B ».

A NOTER :

Comme il est vain de tirer des conclusions – il n’y a pas plus risqué que le jouer à Madame Soleil – voici quelques pistes de réflexions en consulsion.

  • Le nombre de morts ne rend pas une cause juste ou pas. Les Allemands de 39-45 ont eu 20 fois plus de morts que les Anglais. Ils n’en restent pas moins les agresseurs.
    Dans le cas présent, c’est bien « B » (ici, le «Hamas ») qui a attaqué « A », lequel se défend et domine militairement, comme à chaque fois dans les conflits entre « A » et « B ».
  • Le nombre de morts « B » monte en flèche ainsi que les destructions. Le belligérant « B » devait s’en douter, cela ne l’a pas empêché d’attaquer. Cela nous émeut mais c’est à priori totalement assumé.
  • La sollicitude pour les populations civiles du belligérant « B » est normale. Quelles seraient pour le Belligérant « A » les alternatives pour parvenir à son objectif (éliminer les forces armées « B ») sans impacter les populations civiles.  
    L’histoire nous enseigne qu’on a jamais réussi à changer un régime sans que cela n’occasionne des destructions massives pour les civiles. Je pense à l’Irak en 2003, à la Libye en 2012, à la Syrie depuis 2012, ou tout simplement au régime nazi en Allemagne en 1944.
  • Les pays arabes et l’Oumma, forts d’un milliard d’habitants globalement, ne semblent étonnamment pas prêts à accueillir généreusement les 3 millions d’habitants du belligérants « B » (ce qui serait un nettoyage ethnique mais on en a vu d’autres, par exemple entre l’Inde et le Pakistan lors de leurs indépendances, au Kosovo en 1993 ou au Nagorny-Karabag récemment), malgré une certaine proximité culturelle et idéologique.
    On peut les comprendre mais cela relativise la solidarité de l’Oumma avec le belligérant « B ».
  • On peut même imaginer que les pays arabes voient ce « petit » conflit comme une écharde bienvenue au flanc du belligérant « A » : cela leur donne un moyen diplomatique discret dans les échanges avec « A ».
  • Le Belligérant « A » peut vivre longtemps avec ce petit conflit dans son côté. Ce n’est pas très agréable mais cela justifie des mesures d’exception, voire un comportement « guerrier » donc hors norme sur bien d’autres sujets (en Cisjordanie, ou concernant le respect des propriétés privées de ses minorités, par exemple). Ça peut donc être un « petit » mal pour un plus grand « bien ».

Réflexions à suivre.