Chaque printemps ramène son lot de manifestations et de blocages lycéens. Le nom d’un logiciel « Parcoursup » est devenu le bouc émissaire , le symbole de cette contestation.
Surfant sur ce mécontentement, un parti politique d’extrême-gauche, LFI, promet purement et simplement la suppression de la plateforme.
Soyons clairs : cette promesse relève de la démagogie pure.
Les lycéens qui croient qu’un coup de baguette magique abolira la réalité de la sélection et de la répartition universitaire se font tout simplement rouler dans la farine, manquant cruellement de recul historique ou de jugeote économique (ou les deux).
Ils disent vouloir supprimer Parcoursup ? D’accord, supprimons le et imaginons la suite.
Imaginons un instant la concrétisation de cette promesse : la suppression ferme et définitive de Parcoursup. Une fois le logiciel débranché, quelle est l’alternative ? Il faudra bien, à un moment ou un autre, mettre en adéquation les souhaits multiples d’environ 150 000 lycéens avec les milliers de cursus proposés par les universités, IUT, BTS et autres grandes écoles et centres de formation.
Personne n’envisage sérieusement de revenir aux formulaires papier, aux demandes rédigées à la main par dizaines et postées par courrier, aux files d’attente physiques devant les facultés ou aux dépôts de dossiers en main propre — des méthodes d’un autre temps que la jeunesse actuelle n’a pas connues, la veinarde.
La gestion de ce flux massif passera donc nécessairement par un outil numérique. D’un côté, les lycéens y renseigneront forcément leurs vœux, leurs notes et leurs appréciations. De l’autre, les établissements d’enseignement supérieur y intégreront là aussi forcément leurs capacités d’accueil, leurs critères et les prérequis attendus. Entre les deux, un algorithme géant devra forcément faire mouliner l’ensemble pour attribuer au mieux les places disponibles.
Ce logiciel, quel que soit le nom qu’on lui donne pour des raisons de communication politique, ressemblera comme deux gouttes d’eau à Parcoursup.
Il eût été nettement plus honnête et intellectuellement rigoureux de reconnaître que la plateforme est perfectible, comme tout système d’information. Il n’est pas normal, par exemple, que des lettres de motivation fictives ou absurdes (une recette de cuisine !) permettent d’obtenir une admission. Il n’est pas normal non plus qu’un lycéen ne puisse pas avoir accès aux raisons qui ont conduit à l’écarter de telle ou telle formation, ni qu’il n’y ait quasiment aucun recours. Ce côté « trou noir », ces failles d’ergonomie et de contrôle méritent d’être corrigées.
En revanche, prétendre qu’il faut détruire l’outil pour le reconstruire à l’identique sous une autre étiquette est une démarche inutile, stérile et bêtement coûteuse pour les deniers publics.
Enfin, l’argument massue de ses détracteurs — affirmant que des dizaines de milliers de jeunes se retrouveraient chaque année « sur le carreau » sans aucune solution — est factuellement faux. Dans les chiffres avancés par les opposants à Parcoursup figurent la grande majorité des élèves ayant fait le choix de s’orienter vers des formations hors Parcoursup (écoles privées, études à l’étranger, filières spécifiques). La quasi-totalité des candidats reçoit au moins une proposition d’admission. Certes, il ne s’agit pas toujours de leur premier choix, mais la proposition existe.
Les cas d’élèves assidus se retrouvant sans aucune affectation à la fin du processus se comptent, en réalité, quasiment sur les doigts de la main, pour la France entière.
Ce nom, Parcoursup, est avant tout devenu le symptôme d’un cynisme politique choquant : celui d’un parti politique démagogique, LFI, qui instrumentalise le manque de recul et l’anxiété – légitime – des lycéens pour en faire un levier électoral, en leur vendant une illusion technique et logistique.
Faire ainsi de la politique, c’est moche.
Croire à ce discours, c’est affligeant.

